Deuxième sélection 2009

Publié le par Prix BEL AMI

UN MOT DE LA PRESIDENTE DU PRIX :

 

Elles sont toutes magnifiques les femmes de cette « cuvée » 2008 ! Pensez qu’il y a Françoise Sagan, la merveilleuse, Catherine Pozzi, la douloureuse, Nancy Cunard, la scandaleuse, Sœur Emmanuelle, l’héroïque, Françoise Hardy, la religieuse (hé oui)!! et que celles-ci ne sont même pas retenues dans notre sélection parce que l’on ne peut pas toutes les mettre, même si cela nous fend le cœur. Et Anna Politkovskaïa qui s’est battue contre la guerre en Tchétchénie et dont on ne peut pas même honorer la mémoire puisque le procès de ses assassins semble impossible à faire.

Ainsi il y a les disparues qui occupent nos pensées et l’émotion qu’elles suscitent en nous, et puis les vivantes, follement vivantes, qui voulaient tout, comme nous, l’amour, la réussite, la liberté, la beauté. Que choisir ? C’est une folie de choisir. On ne choisit pas, on les aime toutes, comme un jardin rempli de plantes étonnantes et belles. Voilà, ce prix Bel Ami est un jardin, cueillez-en les fleurs les plus rares, à votre goût et pardonnez-nous le crime de ne pouvoir en retenir que trois. Certains à la vue basse dirons : « C’est déjà beaucoup ». Mais non ! Elles sont des centaines nos femmes magnifiques. Vous verrez comme il y en aura d’autres ! 

 

 

DEUXIEME SELECTION DU PRIX BEL AMI 2009 :

 

 

Sélection du prix de la biographie :

 

« Louise de Vilmorin, je suis née inconsolable » François Wagener (Albin Michel)

 

Poète, romancière, inoubliable auteur de "Madame de" et séductrice invétérée, elle inspira des hommes tels que Saint-Exupéry, Roger Nimier, Orson Welles, Jean Cocteau et surtout André Malraux pour ne citer que ceux-là... Son esprit, sa beauté, sa grâce animèrent son célèbre "Salon bleu" de Verrières où ses réparties et ses répliques devinrent célèbres. Mariée plusieurs fois, dont une fois à un aristocrate des Carpates, sa vie fut brillante et somme toute malheureuse. Sous les masques de la frivolité la plus élégante, son âme douloureuse et son travail d'écriture lui donnèrent une densité, un charme qui, ajouté à son art de vivre, en firent la tenante d'un moment d'extrême civilisation à jamais disparue.

 

Françoise Wagener, à qui l'on doit de grandes biographies historiques, rend avec: "Je suis née inconsolable" le vrai visage de Louise de Vilmorin et sa voix profonde, celle d'une immense poète...

 

« La Comtesse de Ségur » Yves-Michel Ergal, Marie-José Stricht (Bartillat)

 

Étonnant destin que celui de la comtesse de Ségur. Née en 1799 en Russie, Sophie Rostopchine fait déjà partie de la noblesse russe.

Son père est premier ministre du tzar Paul Ier, par la suite il sera gouverneur de Moscou.

Sophie arrive à Paris avec toute sa famille à l'âge de 18 ans. Lors d'un bal, elle rencontre Eugène de Ségur qu'elle épouse à l'âge de 19 ans. Elle partage sa vie entre les salons parisiens et le château de Nouettes. Elle mettra au monde six enfants dont deux jumelles. Mais c'est grâce à ses petits-enfants, à qui elle raconte des contes fantastiques, que la véritable vocation de la comtesse va naître. Habituée à passer tous ses étés en famille au château de Nouettes, la comtesse a le coeur déchiré au moment des adieux. Pour prolonger ces instants de grâce, elle a l'idée d'écrire ses histoires sur un cahier et de les leur envoyer. Un jour, un de ses amis, emporte un manuscrit de la comtesse aux éditions Hachette. Le succès est immédiat. Les Nouveaux Contes de fées paraissent en 1856 puis ce sera: Les Petites Filles Modèles, Les Malheurs de Sophie, Les Mémoires d'un Anne,  L'Auberge de l'Ange gardien, Le général Dourakine, la soeur de Gribouille etc.

Vingt-cinq romans en moins de quinze ans, dont le succès perdure jusqu'à aujourd'hui. La comtesse n'est pas seulement un monument de la littérature, elle est un exemple précoce du génie féminin moderne.

 

« Séraphine, de la peinture à la folie » Alain Vircondelet (Albin Michel)

 

C'est l'histoire d'une grande oubliée que nous raconte Alain Vircondelet dans ce livre intelligent, sensible, poétique, émouvant. Née en 1864 à la campagne, rapidement orpheline, Séraphine Louis, qu'on appellera Séraphine de Senlis, devient femme de ménage dans un couvent. Lorsqu'une voix venue du ciel lui enjoint de se mettre au dessin, elle quitte le couvent et peint, sans avoir rien appris, dans un galetas, avec du Ripolin. Un hasard heureux lui fait rencontrer Uhde, grand découvreur de peintres naïfs. Sa notoriété commençante est engloutie dans la crise des années trente. Découragée, elle cesse de peindre et verse dans la folie. Elle meurt abandonnée de tous à l'asile psychiatrique, probablement de faim, en 1942. Un film de Martin Provost, une exposition au musée Maillol, et surtout ce beau livre font revivre aujourd'hui ce destin féminin d'exception.

 

« Mon évasion, autobiographie » Benoite Groult (Grasset)

 

Elle est enfin là, la biographie de Benoîte Groult!

Fille de bonne famille, Benoîte Groult a vécu une enfance privilégiée dans les années 30, impressionnée par le charisme d'une mère styliste de mode, une femme déjà libre et relativement excentrique pour l'époque. Elle raconte l'occupation, ses premiers émois de jeune fille "comme il faut" et  ses trois mariages avec des hommes de lettres, dont Georges de Caunes, mais c'est le dernier avec l'écrivain Paul Guimard qui sera le bon.  (Elle passera cinquante ans à ses côtés!) Elle le dit elle-même: "(Elle est) arrivée sur le tard au féminisme"  mais ce déclic face aux injustices et aux inégalités ne l'abandonnera jamais.  Son autobiographie s'appelle : Mon évasion, et on ne peut qu'adhérer à ses remarques, colères et combats. Benoîte à 89 ans aujourd'hui, son humour est intact, ses réflexions pétillantes et pleines de malice sont plus que jamais d'actualité.

 

 

Sélection du prix du roman :

 

« La beauté du monde » Michel Le Bris (Grasset)

 

De la petite ville de Chanute au fin fond du Kansas en 1910, au cercle de l’Algonquin durant les roaring twenties, la petite Osa n’a pas chômé. Mariée à 16 ans avec un compagnon d’aventure de Jack London, elle sera la pionnière du cinéma d’exploration. Caméra d’un côté, fusil de l’autre, sponsorisée par Coca-cola, Osa, la bien nommée, n’a peur de rien. Petite, pulpeuse et glamour, cheveux crantés, sourire Colgate, elle s’enfonce au cœur de la brousse africaine, abat des lions ou des rhinocéros, négocie avec des cannibales, et pose, éclatante, sur les bobines en noir et blanc de son cinéaste de mari. A son retour, devenue la coqueluche de Manhattan, elle sert de modèle à l’héroïne du film de King Kong. Mais, à la fin de sa vie, hantée  par ses voyages, elle se réfugie dans l’alcool et rejoue indéfiniment son propre rôle jusqu’à la caricature. Une histoire vraie, menée tambour battant, à l’instar de la vie d’Osa Johnson, dont le sourire lumineux crève l’écran pour l’éternité.

 

« Portrait d'une femme romanesque, Jean Voilier » Celia Bertin (Fallois)

 

Enquête sur une femme mystérieuse, Jeanne Loviton, plus connue sous son nom de plume de Jean Voillier (1903-1996), pseudonyme qu'elle adopta en 1935. Née de père inconnu, ce n'est que dix ans plus tard, lors du mariage de sa mère, une artiste, avec un éditeur, Ferdinand Loviton, qu'elle sera reconnue.

Elle a été le grand amour de Paul Valéry, ce qui donne l’occasion d’admirables lettres du poète à sa muse.

Femme d'affaires remarquable. Elle a dirigé deux maisons d'édition. Elle avait acheté à la fin de la guerre les Editions Denoël, dont le fondateur, Robert Denoël, qui fut l'éditeur de Céline et qu'elle souhaitait épouser, fut assassiné en décembre 1945.

Femme d'affaires et femme du monde, elle forçait l'admiration de certains et en entraîna d'autres à user à son égard des pires calomnies.

Elle  eu des amours multiples : outre Paul Valéry, Jean Giraudoux, Saint-John Perse, Curzio Malaparte, quelques hommes politiques, certains homme d'Etat et aussi quelques femmes remarquables..

François Mauriac disait qu'elle aura été "le dernier personnage romanesque de ce temps". Sa vie est un roman où tout est vrai.

 

« L’Exposition » Nathalie Léger (POL)

 

Texte d’une grande densité littéraire où les différents thèmes se succèdent de façon fragmentaire : comment percer l’énigme d’un visage par l’art de la photographie, définir le champ théâtral d’un studio… À partir de photographies de la comtesse de Castiglione découverte dans un recueil, le livre de Nathalie Léger est une errance à travers les personnages de femmes qui émaillent le récit.

La Castiglione est le motif, une figure qui se dérobe et dont nous n’apprenons presque rien sinon l’extrême beauté, la fin lamentable, et cette inlassable besoin d’être photographiée tout au long de sa vie. Nathalie Léger s’interroge sur les motivations de cette femme qui la regarde depuis sa solitude de la chambre claire. Qui convoque d’autres visages et s’interroge sur sa propre image ou sur celle de sa mère. Le véritable thème de ce récit semble une quête de la féminité dans son évanescence.

 

 

Sélection du prix jeunesse :

 

Marie-Aude Murail, Miss Charity, École des Loisirs, 2008

 

Au XIX°siècle, l’itinéraire surprenant d’une petite fille reléguée à l’étage de la nursery du manoir familial. Entre souris, lapins, corbeaux, tortues et une bonne folle à lier, Charity apprend Shakespeare par cœur, s’écrit des messages à elle-même d’une année sur l’autre, peint des aquarelles d’entomologiste… De rencontres improbables en péripéties extravagantes elle invente son propre chemin et devient grâce à son univers une jeune femme indépendante amoureuse d’un bien curieux renard, interprète vedette des théâtres londoniens.

Pour cette histoire qui s’inspire librement de la vie de Béatrix Potter, Marie Aude Murail  trempe sa plume dans l’ironie de Jane Austen , la richesse de Dickens, mais convoque aussi les mannes d’autres maîtres des rêves : Shakespeare, Thomas Hardy, Wilkie Collins, Oscar Wilde, Lewis Caroll, Georges Bernard Shaw…

« Miss Charity » est une vraie merveille délicieusement écrite.

 

Astrid Cornet, La Zone Pluskepure, Max Milo, 2008

 

Lilia Delarue rejoint sa classe de 4e D comme tous les matins pour y écouter un exposé sur le racisme. Elle est soudain entraînée dans un voyage extraordinaire dans la zone « pluskepure » qui n’est autre qu’une partie de son cerveau. Une zone noire, peuplée de personnages atroces,  très proche de ce que Freud aurait appelé l’inconscient

Avec brio et grâce à une imagination débordante, Astrid Cornet parvient à échapper aux pièges et aux poncifs de ce thème. Elle nous plonge dans un récit échevelé, sans discours moral et avec efficacité. Lilia, qui se croyait parfaite, épargnée par le racisme, engage alors un rude combat avec elle-même.

Un conte moderne enlevé et joyeux qui bat en brèche bien des idées reçues.

 

Cathy Ytak, Rien que ta peau, Actes sud junior, 2008

 

Ludivine est une adolescente considérée comme différente, obsédée par les couleurs. Ses parents la disent immature, voire attardée. Qu’elle ait droit à ses désirs, personne ne le comprend. Sauf Mathis, dont elle va tomber éperdument amoureuse. Ils vont s’apprivoiser sur ce chemin de neige qu’ils parcourent ensemble chaque jour, puis s’aimer sur un lac gelé enmitouflés dans leurs duvets. Pour finalement se heurter à l’incompréhension des adultes, qui salissent tout. Cathy Ytak nous livre un beau portrait d’adolescente troublée par les premiers émois charnels, ainsi qu’un tableau sans complaisance de la brutalité des adultes englués dans leurs préjugés, aveugles à la poésie. Le sentiment amoureux sans compromis de l’adolescence dans ce bref texte qui résonne comme un cri.

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