Tiercé de tête 2008

Publié le par Prix BEL AMI

Dans les salons roses de l’hôtel BEL AMI, nous étions neuf membres du jury réunis le 6 février 2008

Plutôt perplexes devant la qualité incontestable de nos candidats en lice.

Aussi, pour cette troisième sélection, nous avons décidé de voter pour un tiercé de tête qui nous laisserait jusqu’à fin février le temps de choisir les lauréats du prix BEL AMI  et BEL AMI jeunesse de l’année 2008.

 

Votes pour le tiercé du prix BEL AMI :  

« VIE D’IRENE NEMIROVSKY », de Philipponnat et Liennhard (Grasset) : deux voix

« BABYji », de Abha Dawesar (Héloïse d’Ormesson) : trois voix

« J’AI TANT RÊVE DE TOI », de Olivier et Patrick Poivre d’Arvor (Albin Michel) : trois voix

« DRIEU » de Victoria  Ocampo (Constance de Bartillat) : six voix

« LA MORT DU PAPILLON », de Pietro Citati (L’Arpenteur) : sept voix

« RIDEAU DE VERRE », de Claire Fercak (Verticales) : six voix

 

 

Le tiercé retenu ce jour-là fut donc :

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« DRIEU »,
de Victoria Ocampo, dont nous parle Stéphanie des Horts

 

Elle était belle et argentine. Fantasque et brillante. Sensuelle, passionnée. Elle aimait la littérature et les hommes qui la font. Païens mystiques ou poètes fêlés, romanciers du désamour ou menteur patentés. Elle créa une admirable revue littéraire en Amérique Latine, SUR, (Sud), qui osa rivaliser avec la mythique NRF et assura sa célébrité dans un monde un rien machiste.

 

En 1929, Victoria Ocampo croisa la route d’un écrivain pas comme les autres. « Comment diable s’appelle-t-il ? Un nom kilométrique et sans prénom sur la couverture de ses livres. » Drieu La Rochelle. Jalousé pour ses conquêtes, honni pour ses opinions politiques, maudit pour son génie, Drieu pour les intimes, Pierrot pour elle, ou Gille parfois.  

 

Une attraction charnelle lie les deux rebelles exaltés, fascinés par la littérature, malmenés par les affres de l’Histoire. Dans cette drôle d’époque de transition.

 

« J’aime causer avec toi pour te contredire, pour te dire merde, comme avec Berl. Tu me plais et tu me déplais, comme ce lac où je nage tous les matins : une eau claire, souple et abondante, tel est ton esprit où je puis nager, étendre mes quatre membres, cracher mon amertume. » Ah, l’amertume de Drieu, basée sur ce complexe d’infériorité qui lui permettra d’endosser si aisément le personnage « du traître ».

 

Mais Victoria n’est pas dupe. L’homme est courageux. Elle n’aura de cesse de le posséder, façon de s’assurer de son authenticité.

 

Victoria prend résolument position contre Franco. Drieu, pour le fascisme. Les convulsions de l’Histoire n’entament en rien la fidélité des deux anciens amants. « Il est impossible que tu sois véritablement amoureux de cette chose qui s’appelle le fascisme, il s’agit simplement d’une erreur de ta part » écrit Victoria en 1937.

 

Drieu se suicide le 15 mars 1945 à Paris. C’est à Victoria qu’il adresse sa confession testamentaire : « Je préfère la mort choisie…Je ne veux pas fuir, me cacher et être tué par des lâches. » Ses livres, mis au pilon, ne reparaîtront qu’en 1964.

 

 

 

« RIDEAU DE VERRE » de Claire Fercak, dont nous parle Cécilia Dutter

 

 

 

Ecriture de la folie et folie de l’écriture semblent aller de pair. Comment décrire le chaos intérieur, cet enfermement de l’individu dans sa bulle de verre, son incapacité à briser l’écran qui le sépare du monde, sans inventer un langage unique, susceptible de rendre au plus près le mystère de sa distance aux autres. « Je veux seulement trouver une écriture pour que de mes alertes tout ne se perde pas. » dit Claire Fercak.

 

Enoncer sa vérité, y compris lorsque cette vérité, déroutante, est le récit d’une aliénation. Faire pénétrer le lecteur « chez elle », lui faire parcourir les méandres de son cerveau, là est l’enjeu de ce texte.

 

Livrer son intériorité, ne pas la trahir avec des mots, n’est-ce pas dans cette folie que s’inscrit toute démarche littéraire authentique ? Ecrire, c’est être en quête de la phrase limpide, celle qui donne corps et accès au « perçu du dedans ». Mais regarder à l’intérieur de la boite n’empêche pas d’en voir l’extérieur, de se voir comme on pense que les autres nous voient. Mouvement de va et vient que Claire Fercak traduit en passant sans cesse du « je » au « elle » parfois au « tu ».

 

Elle use d’insertions en italiques au sein de ses phrases, imprimant au récit une double lecture : « Elle aimerait « procédé thérapeutique » trouver un moyen « courant alternatif », de briser la verrière, mais sans que tout explose et ne détruise l’ensemble. » Eloquente innovation syntaxique qui impose au lecteur une plongée en apnée au cœur de ce huis clos cérébral.

 

Pourquoi suis-je en prise au tourment de moi-même ? Faut-il se tourner du côté des gènes pour expliquer la démence ? se demande Claire Fercak. La figure terrifiante du père, bourreau d’enfant, est en effet une sérieuse piste. « L’écriture remet de l’ordre personnel dans ce que la nature « avec moi le déluge » a défait ». Lueur d’espoir, sinon de guérison.

 

« Il est impossible de se taire, de ne pas écrire. Ecrire, c’est respirer, exister. » Dialogue avec autrui. Monologue salvateur avec soi.

 

 

 

« LA MORT DU PAPILLON », de Pietro Citati, dont nous parle Elisabeth Reynaud

 

   

 
Un portrait en creux de Zelda Scott Fitzgerald, dans sa folie d’amour et sa folie tout court. Une écriture de chair qui s’immisce au plus intime avec panache.
Zelda la délicieuse, Zelda l’enfant terrible, qui voulait devenir danseuse étoile, Zelda, le papillon épinglé par la démence qu’elle tenait en respect de toutes ses forces, les bras tendus.



Tiercé pour le prix
BEL AMI jeunesse :

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« HESITATION », tome 3, Stephenie Meyer (Hachette) : cinq voix
Troisième volume de la « saga du désir interdit », Hésitation nous entraîne encore plus profondément au cœur de l’histoire d’amour improbable et sulfureuse entre  Bella, jeune lycéenne et d’Edward Cullen, somptueux jeune vampire. S’enfonçant derrière les apparences du monde tel qu’elle le concevait Bella découvre que Jacob son ami indien appartient lui aussi à cette sauvage réalité. Une guerre sans merci se lève, pour l’affronter Bella doit choisir. Stephenie Meyer, d’une plume envoûtante, nous offre une parfaite métaphore de l’appropriation  du monde adulte à travers un amour adolescent. Elle explore,  entre ses aveuglements, sa générosité, et la violence de ses sentiments, la cruauté  des choix qu’il implique.

 
Isabelle Viéville Degeorges.
 



«
L’ELUE DU HAREM » tome 2, La petite reine de Byzance, J. Esther Singer (Plon) : sept voix
La belle Aliaza aime secrètement Arieh retenu emprisonné à Byzance. Mais sa mission diplomatique secrète auprès de Charlemagne l’amène à s’unir contre son gré à un vieux comte franc âgé d’une cinquantaine d’années. Le soir de ses noces, elle retrouve le corps de son époux poignardé. Elle doit fuir, car toutes les preuves l’accablent.
Dans ce second volume, Esther Singer brosse une fresque historique passionnante du monde au 9ème siècle, faisant revivre sous nos yeux les fastes de Byzance, les intrigues politiques qui se trament dans les coulisses entre l’empereur Charlemagne, Haroun al-Rachid grand khalife de Bagdad et Irène, la cruelle impératrice de Byzance.
Aliaza passe des gynécées sensuels et enchantés des Mille et une nuits, aux impitoyables rivalités de cours entre les Puissants, épris de pouvoir et de conquêtes.
Un beau récit d’aventures, hymne véritable à l’amour et à la vie.

 
Mélusine Vaglio
 



« LA MALEDICTION D’OLD HAVEN »
, Fabrice Colin (Albin Michel) : quatre voix
À dix-sept ans la jeune Mary Wickford quitte le couvent de Gotham muni de son seul instinct et de quelques artefacts pour débuter dans la vie. De l’instinct, il lui en faudra pour affronter ce XVIII° de cauchemar livré aux délires d’un empereur dégénéré à la recherche d’Arkham, et débrouiller les fils mystérieux de ses origines. La toile de fond de ce roman d’aventures et d’initiation situé dans la région de Salem  entremêle les univers fantastiques de Lovecraft, Poe, Lewis, et Grimm dans un sabbat fiévreux. De la lecture et relecture du passé dépendent notre liberté. De ce contexte fort Fabrice Colin dégage une véritable histoire, originale et cohérente, pleine de rebondissements jubilatoires. Servi par une écriture énergique et efficace. Le livre une fois ouvert ne se pose plus.  

 

Isabelle Viéville Degeorges

 

A la suite de nos deux tiercés de têtes annoncés ici, arrêtons nous un instant pour saluer la délicieuse personnalité de notre attachée de presse cette année, j'ai nommé madame Nathalie Dran. Folle d'art contemporain et de mode (heu, un peu comme nous toutes, je veux dire, pour la mode!) elle a travaillé dans l'édition, créé des collections originales et pleines d'esprit, possède le plus grand fichier de la terre en terme d'artistes; n'hésite pas à remuer ciel et terre lorsqu'elle se passionne pour quelqu'un. Sa dernière folie: les éditions Falbalas pour lesquelles elle se dépense en grand. Bravo, merci, thank you, muchas gratias, congratulation et tutti frichti, chère Nathalie! Olé!

 

 

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